vendredi - 9 Mars - Départ pour Delhi
Waouh! Quelles journées!
Après avoir payé 80€ de taxi, me voilà parti pour Amman. Un vol tranquille? Que nenni! La fin du film diffusé...
... Marie-Antoinette, visionné sur un écran individuel parmi un choix d'une trentaine de titres! Il est loin le temps des trajets rythmés par LE repas puis LE film diffusé sur un écran 3 couleurs: aujourd'hui, entre les news, les jeux, les séries et les chaînes thématiques, on ne sait plus quoi faire tellement le choix est vaste!...
... la fin du film diffusé, disais-je, a bien failli se finir par un mort, non pas sur l'écran, mais dans l'avion! Un passager a fait un malaise: branle-bas de combat parmi les hôtesses, un médecin est réquisitionné, mais plus de peur que de mal, rassurez-vous.
Comme épilogue, ce passager a bénéficié d'un trajet Amman - Delhi en business class! Alors que nous, pauvres touristes, terminons irrémédiablement en classe éco avec un pauvre film sur écran 3 couleurs (no comment, please!)
Je vous passe les détails sur la multi-location de chambre d'hôtel (à 26 personnes), entre 5 et 7h du matin, pour se rafraîchir et entamer directement notre découverte de l'Inde (Pour rappel, à ce moment précis, il est 2h du matin à Paris).
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samedi - 10 Mars - On fonce vers le vieux Delhi en "tape-cul"
... (c'est le surnom affectueux dont j'ai baptisé le car).
Alors... comment dire... j'ai visité bon nombre de pays... mais... là... je crois que le record du plus grand concert de Klaxons est battu!!! La ville est en pleine transformation avec notamment le développement d'une autoroute aérienne. C'est le chaos le plus total avec les rickshaws, les touc-toucs, les voitures, les vélos, les vaches, les piétons, les mendiants, les bus, les motos, les tracteurs et les flics... sans compter qu'il faut s'habituer à voir tout ce petit monde rouler à gauche!
En opposition aux grands axes qui quadrillent la ville (New Delhi est une création anglaise du début du siècle qui regroupe ses bâtiments officiels, construits par Lord Mountbatten, autour de l'India Gate sur le Jan Path, les Champs Elysées Indiens), la vieille ville ressemble à un vieux parchemin très ancien, très beau mais très sale qu'on aurait froissé avant de mettre à la poubelle: de très beaux bâtiments recouverts de beaucoup de poussière au pied desquels vit une population dans la misère.
 Arrêt à la mosquée Jama Masjid, la plus grande d'Inde (la religion musulmane est la 2ème du pays). Comme dans toutes les mosquées, il faut se déchausser, comme dans toutes les mosquées, il y a des pigeons. Une jolie moquée, en grès rouge (pas de quoi égorger un cochon).
Hommage rapide à Gandhi en passant par le Raj Ghat où fut incinéré "le père de la nation". Je suis moins impressionné que ce que j'aurais pensé. Est-ce le cadre, une plaque de marbre noir au milieu d'un parc, qui est moins solennel, plus sobre que dans mon imagination? (mais sans doute plus à son image).
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samedi - Premier déjeuner épicé dans un centre commercial,
face à un restaurant Pizza Hut (et oui, il y a des choses qui ne s'inventent pas!) puis 300 km sur les routes Indiennes. Vous connaissez désormais le topo: Chaos, voitures, motos, mendiants et vaches... soit 7h de route!
L'arrivée à l'hôtel se fait de nuit... enfin... l'hôtel... c'est la forteresse d'un Radjah, un roi local. Après avoir fendu la foule d'enfants amoncelés autour du car (je plaisante... un peu...) nous sommes accueillis au son de la trompette, un collier de fleurs autour du cou. Un homme nous applique le "Bindi", traditionnel point rouge sur le front désignant le troisième oeil, 6ème chakra apportant la bonne fortune.
Découverte des chambres, d'anciennes pièces du palais reconverties. On est dans l'ambiance! Bon, c'est un peu défraîchi mais je ferme les yeux, c'est ma première nuit au pays des mille et une nuits.
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dimanche - 11 Mars - Journée à marquer d'une pierre blanche
Et pourtant elle commençait normalement, enfin presque! Je rappelle à ceux qui ne suivent pas que j'ai passé la nuit dans une forteresse de prince indien. Alors, naturellement, nous avons pris notre petit-déjeuner dans ce qui a dû être une salle de cérémonie magnifiquement décorée et peinte (à croire que je dors encore!). Ah non, je ne dors plus... les enfants qui nous suivent en hordes affamées dans les rues de Hukandgarh me ramènent vite à la réalité.
 Cette ville est une ancienne ville de la caste commerçante dont ses riches habitants se sont faits bâtir de splendides demeures. Ces Haveli ont leurs murs couverts de fresques. Malheureusement la plupart retournent désespérément à la poussière. Cette ambiance fait surgir à ma mémoire des images de films d'aventures: tel Indiana Jones, nous parcourons les rues de cités oubliées: l'Inde millénaire nous ouvre ses portes (bon, ok, ici l'Inde ressemble à Gandhi avec des lunettes de soleil triple foyer mais tant pis).
Sur la route, nous participons à un mariage. Oui nous participons: on les photographie, ils nous photographient., ils prennent la pose, on prend la pose!
Et voici venir mon moment d'exception: il se met à pleuvoir. Comment ça, ça n'a rien d'extraordinaire? Ah oui, je ne vous ai pas précisé, nous sommes en plein désert. Même pendant la mousson, il n'y pleut que rarement! Ah, on rigole moins hein? Nous on rigole jaune, et plus on avance, plus les rigoles se transforment en torrents puis en inondations dans ces rues qui n'ont pas du voir ça souvent! Les égouts en vomissent de joie. On a désormais la preuve que le "tape-cul" non plus n'a pas dû voir ça souvent, et, en tout cas, qu'il ne se souvient plus de mot "étanchéité"!

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dimanche - Exit la visite aux dromadaires
(ouf, c'est toujours ça de gagné!) et on file direct vers Bikaner, la capitale de l'état, dans laquelle on visite la forteresse Junagarth, demeure des Maharadjahs. Splendide édifice pour lequel tout le groupe a "oublié" de payer le droit photos (photos que vous venez de voir. Comment ça, y a un truc pas logique dans ma phrase précédente? Je relis... non non, je ne vois décidément pas!).
 Les salles sculptées avec finesse succèdent aux salles couvertes de fresques et d'or, les salles du trône aux salles d'audience, les salles d'apparat aux salles d'armes. Les moucharabieh ouverts sur les pièces et les cours intérieures sont foison: les épouses des princes devaient vivre cachées. Une jolie prison dorée pour les femmes. L'atmosphère pourrait même être oppressante parfois, tellement il y fait sombre et les ouvertures vers la ville peu nombreuses.
La journée se finit les pieds dans la boue (comment ça, il n'y avait pas que de la boue?!) à parcourir le marché local, histoire de s'imprégner de l'atmosphère, des couleurs, du bruit des Klaxons et des odeurs de l'Inde.
De retour à l'hôtel, un gosse donne un petit spectacle de magie. Un moment rafraîchissant qui clôt avec douceur cette deuxième étape indienne.
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lundi - 12 Mars - Alors, comment dire?
Si je quitte la France quand je suis en vacances, c'est pour y trouver le soleil et la chaleur. C'est un minimum! Alors quand je suis à 3000 km de Paris, le matin, et que j'ouvre les rideaux pour y trouver un rideau de pluie, ça me déprime!
Ambiance morose ce matin, on file direct sur Jaisalmer, autre cité de Maharadjah: 300 km - 6h00. Le chauffeur a explosé le compteur! Sur la route, le guide fait un crochet vers un village dans lequel le lac sert de refuge aux grues Demoiselle. Seul problème, les grues se sont barrées vu la flotte qui tombe depuis 2 jours!
On arrive en ville à 14h00, et là... miracle, le soleil est de retour! Détour obligé vers la fabrique de bijoux en argent pour touristes. Peut-être est-ce le temps? Personne ne se laisse embobiner. Décidément quand il pleut, ce n'est pas bon pour le commerce.
 On se dirige vers le lac Gadi Sar. Et là, pas de grues! (je plaisante). Ce lac était le lieu de divertissement du roi. Il y a construit des pavillons qu'il rejoignait en barque. Sur les rives, de nombreux lieux de culte leur font face: la ville était un lieu de transit des caravanes de la route de la soie, les commerçants aimaient donc y trouver un endroit pour y exercer leur religion.
Encore une fois, ce sont toutes les images d'Epinal sur l'Inde qui refont surface et on se prend à rêver se promener sur ce lac entouré du Maharadjah et de sa suite.
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lundi - Petit crochet par un musée local
où le propriétaire, très drôle, nous montre quelques Us et Coutumes de la vie locale à l'ancienne époque puis on file vers les cénotaphes des brahmanes (la caste religieuse, la plus puissante).
Sur ce lieu était, et est toujours, pratiqué la crémation des morts (quelques chiffres: il faut 300 kg de bois, de santal de préférence, pour réduire à l'état de cendres, hors ongles et dents, un vieux de 80 ans. Il faut 600 kg pour un jeune de 30 ans. Question: combien faut-il de kilos de bois pour brûler un adulte de 58 ans et retrouver 3 ongles et 2 dents? (Je plaisante!...)
Le site est exceptionnel: à côté du bûcher, ont été construits de magnifiques dais de pierre (datant du 17ème siècle pour les plus vieux) afin d'honorer la mémoire des défunts. Ils dominent la ville qui s'étend à leurs pieds. Face à eux, la forteresse du Maharadjah s'illumine de reflets d'or dans le soleil couchant. Les cénotaphes se drapent dans les derniers rayons avant de nous faire leurs adieux.
Magnifique fin de journée qui rattrape nos déboires (jeu de mots) de la matinée.
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mardi - 13 Mars - Ce séjour en Inde me réservera bien des surprises
Grand soleil ce matin, c'est assez rare pour être signalé.
 Direction la forteresse de Jaisalmer pour visiter les temples Jaïn. Cette religion forme une branche spécifique de l'hindouisme, respectant toute forme de vie, puisqu'en plus d'être végétariens, ils ne mangent que des légumes poussant au-dessus de la terre (pas de pommes de terre ni d'oignons par exemple) et qu'ils se déplacent un voile devant la bouche pour éviter d'avaler des insectes (pas de viande je vous dis!).
On se déchausse à l'entrée du temple, et là, stupeur: au centre, sous un dôme conique, trône Shiva. Ce dôme central est entouré d'une fosse à ciel ouvert dans laquelle se déplace les fidèles pouvant ainsi voir les magnifiques fresques représentant notamment Shiva et sa femme Pârvati, parfois dans des situations pas très recommandables d'ailleurs. Devant ce coeur, une salle permet d'accueillir les personnes venues prier. Le second temple nous éblouit encore plus par la finesse de la dentelle qu'est devenue la pierre et l'abondance des scènes sculptées.
Nous déambulons dans la ville, l'atmosphère y est très bon enfant, les gens sont sympathiques et souriants. Une cour d'enfants suit nos déplacements pour proposer leurs services (comme le cirage de pompes), leurs souvenirs ou pour nous demander des bonbons, de l'argent, du shampooing.
Nous pénétrons dans quelques Haveli de marchands où, contrairement à Hukandgarh, le côté remarquable provient de cette fameuse dentelle de pierre décrite plus haut et qui orne balcons et fenêtres. Même les contemporains assez riches perpétuent cette tradition et continuent d'habiller leurs maisons de ces sculptures.
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mardi - Et voilà ma surprise qui arrive:
Alors que je pensais avoir pris toutes mes dispositions, je suis pris d'une Tourista aussi brutale qu'inattendue. J'envisage même de rester à l'hôtel (en 14 ans ce serait bien une première). Finalement je me décide à accompagner les autres, et j'ai bien fait, même si j'ai serré les fesses (au sens littéral du terme).
 Les cénotaphes royaux de Jaisalmer, appelés Bara Bagh, valent ces efforts. Des dizaines de coupoles supportées par de fins piliers de calcaire couvrent le flan d'une colline. On parcourt ce dédale de pierre, dont les plus anciennes bâtisses datent du 12ème siècle. On constate d'ailleurs l'influence de l'empire islamique au 17ème siècle en voyant la couverture de cénotaphes s'arrondir à en devenir des dômes.
Je m'auto-prive de ballade à dos de dromadaire vu mon état et j'en fus récompensé quand les jeunes marchands ambulants du site m'ont abordé. ils voulaient se voir en photo: j'ai donc exaucé leur souhait. Ce fut un moment d'échange très sympa. J'en repars avec quelques petits cadeaux, des fossiles retrouvés aux alentours, en remerciement. Je leur ai promis de leur faire parvenir les photos et je compte bien honorer cette promesse.
 Cette journée se finit comme la précédente: un coucher de soleil sur les cénotaphes, encore un joli moment qui clôt une journée qui a bien failli virer au cauchemar!
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mercredi - 14 Mars - Avec tout ça, je m'aperçois que je n'ai pas parlé des choses qui m'ont "interpellé"
J'en vois trois pour le moment. La première, c'est le parallèle que je n'arrête pas de faire avec les pays arabes, et pourtant, ils sont loin d'être évident. Je pense que cela vient de la couleur de peau (plus claire dans le Rajasthan que dans le reste de l'Inde). Les paysages également ne sont pas très éloignés de ce que l'on peut trouver, en Turquie notamment. Enfin, et surtout, cela vient de l'architecture du "quotidien": toutes les constructions récentes ainsi que les villes récemment bâties sont réalisées sur un modèle et un schéma similaire: des cubes de béton bordant une route avec au rez-de-chaussée des boutiques de format identique quelque que soit le type de commerce (et la plupart du temps, un rideau métallique fermant le tout). Et tiens, j'ajouterais les dromadaires! Le second constat, c'est la forte représentation de Svastika, ces fameuses croix qui sont devenues gammées "grâce à Hitler". La connotation "nazi" est tellement forte en occident, qu'il est assez perturbant de constater que dans certaines régions du monde c'est toujours un symbole religieux fort et fréquemment utilisé. Mon troisième et dernier constat, c'est la désinvolture avec laquelle les hommes pissent partout et n'importe où! C'est le seul pays où j'ai vu pratiquer ce "rite" avec autant de banalité et d'aisance.
 Revenons-en à ma découverte de l'Inde, ancestrale cette fois:
Arrivée sur Jodhpur, une ville de Maharadjah bien sûr (Il y en avait plus de 500 dans toute l'Inde). Celle-ci est la deuxième ville du Rajasthan, fondée par Jodha (et pas Yoda, j'en vois déjà certains qui rigolent) dans une cuvette entourée de collines bordées de murailles et au centre de laquelle se dresse la forteresse du Maharadjah, élevée sur un pic rocheux. Info au passage, Jodha est le père du Maharadjah qui fonda Bikaner.
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mercredi - La montée vers la forteresse Mehrangarh se fait par des routes étroites et sinueuses qui traversent la ville à ses pieds
Elles ne laissent même pas la place à un touc-touc, un car et une vache de passer de front!
La forteresse est imprenable: pour atteindre le palais, pas moins de 4 portes monumentales se succèdent (il faut pouvoir y faire passer des éléphants) dont la dernière est renforcée de solides défenses (jeu de mots) anti-pachydermes. Visite sur audio-guide. Avec nos appareils photos, nos sacs, on ressemble à des portes-manteaux! Montée en ascenseur vers la terrasse. La vue à quelque chose de surréaliste: Toutes les maisons de la vieille ville qui s'étend derrière les remparts sont peintes en bleu lavande (un caprice de prince!). Cette vision surprenante vous donne un coup de peps inattendu dans ces paysages quasi-désertiques qui vont du jaune au vert en passant par le brun. Comme tous les palais-forteresses, celui-ci ressemble à une pièce-montée en dentelle avec toutes ces façades couvertes de moucharabieh. Mais contrairement à Bikaner, l'impression oppressante que j'avais pu avoir n'est pas du tout présente aujourd'hui. Le soleil ne doit pas être étranger à ces sensations, et je comprends mieux cette architecture tout à coup.
 Les pièces exposées dans ce palais-musée sont très belles évidemment, mais ce qui retient mon attention sont les miniatures: Ces lithographies peintes, d'une finesse remarquable, retracent la vie des mortels et des dieux avec un mélange de naïveté dans les traits et de réalisme dans les situations.
Nous filons vers les jardins de Mandore où nous attendent les singes, gardiens des cénotaphes royaux de la cité. Construits entre les 16 et 18ème siècles, ces cénotaphes copient le modèle du temple Hindou avec notamment les toits coniques caractéristiques et extrêmement ouvragés, parcourus ici par des éléphants, des tigres, des serpents.
Nous déambulons dans les allées du parc avec notre sempiternelle troupe d'enfants (musiciens ceux-là) sous le regard placide des singes, des vaches et des chiens.
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jeudi - 15 Mars - Journée peu fournie en rebondissements.
Je vais en profiter pour continuer la série des "singularités" inaugurée hier soir: Ma première réflexion porte sur le système de castes toujours en vigueur en Inde. Il est basé sur la religion hindouiste et la pré-détermination, autrement dit la fatalité. Point de départ: Shiva (l'un des dieux de la trinité avec Brahma et Vishnou) en a décidé ainsi, vous serez ce que vous êtes par la naissance. Si vous êtes nés chez les prêtres, vous serez brahmane, chez les guerriers, vous serez guerrier et... chez les balayeurs, vous serez balayeur. Ainsi, en traversant Jodhpur, ce matin, nous avons vu des gens nés pour balayer les rues de la cité. C'est terrible pour un occidental de penser que quoique vous valiez, vous finirez à nettoyer des routes parce que le sort en a décidé ainsi (ahh! Ce Shiva...). Ma deuxième réflexion est directement liée à la première: en France, voyez-vous souvent des femmes en tailleur sur les chantiers au bord des routes? Alors imaginez cette même femme, en sari jaune, orange ou bleu, visage voilé, en train de piocher et de pelleter la terre car en Inde c'est une réalité. Et parce qu'elle appartient à une caste, elle accomplit le travail dédié à cette caste. Je vous laisse méditer sur cette pensée.
 Ce soir, je vous écris de Jaïpur, depuis une autre résidence du Maharadjah de Hukandgarh, chez lequel j'avais déjà dormi le premier soir, dans sa forteresse, souvenez-vous. Au dehors, la circulation est intense, les Klaxons énergiques, les climatisations insupportables.
Cette journée fut longue (8h de "tape-cul") coupée d'un seul arrêt, à Pushkar, célèbre ville de pèlerinage du dieu Brahma. Passage rapide au seul temple d'Inde dédié au dieu (la coupole rouge est magnifique) puis prière sur les marches des Gaths qui bordent le lac sacré: application du désormais récurrent "Bindi", lavage des mains dans l'eau sacrée (du lac, mais oui!) et petit bracelet de tissu au poignet: il symbolise ma prière qui sera donc bientôt exaucée, super!
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vendredi - 16 Mars - Avant de parler de mon extraordinaire expérience sur le dos d'un éléphant,
Je voudrais porter un petit coup de projecteur sur l'Homme du circuit: un niçois, Dan, patron de bar. Avec lui, ce fut les "brèves de comptoir" du début à la fin du séjour. Un petit exemple: "Ils sont malins dans ce restaurant, ils n'y vendent pas de bière, alors ils ont construit une épicerie à côté" ou encore "les indiens, ils ont tout compris: avec les castes, ils gèrent 1 milliard de personnes et tout le monde est content. Il est bien leur système" mais encore "c'est bien la religion, ça distrait les gens" et enfin "avec la bière, je bois pas de thé car le thé ça me fait mal dans le ventre". Dixit Dan.
Alors!!!... Tout commence près de Jaïpur, la ville rose. 1/4 d'heure de queue pour atteindre l'estrade permettant de monter sur un éléphant qui s'appelle Maharani. 1/4 d'heure, ça laisse le temps aux marchands ambulants de nous déballer tous leurs souvenirs pour nous les refourguer. C'est plus ingénieux que Disneyland pour l'attente.
Les éléphants nous mènent au coeur du fort d'Amber (ancienne cité des souverains Rajpouts de Jaïpur) en cheminant le long d'une rampe qui monte vers la forteresse. on croise une même procession redescendre à vider et prendre de nouveaux touristes. Sur les créneaux, des photographes nous mitraillent tels des papparazzi avec Paris Hilton. Pour le cadre romantique et bucolique on repassera, autant comparer un 3 étoiles et le Mac Do: ça nourrit mais on n'y prend pas grand plaisir. Visite du fort où, comme à Jodhpur, une muraille parcourt les crêtes des collines environnantes. Il est en cours de restauration et en a bien besoin: il est assez abîmé.
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vendredi - Le prince avait 33 épouses,
12 épouses royales (les Maharani) et 21 épouses secondaires (les Rani). On traverse leurs appartements en essayant d'imaginer ce qu'a pu être leur vie dans le palais.
 Elles accueillent le souverain en lui jetant des fleurs depuis la porte de la Bienvenue, cachées derrière les moucharabieh. De retour dans le Harem, elles jouent sous le pavillon central, rejoignant le soir leurs 12 appartements respectifs entourant cette cour. Il y fait chaud, elles y choisiront sûrement leur chambre ventilée plutôt que leur chambre d'hiver. En attendant le prince, elles prennent leur bain.
Le prince, quant à lui, a fini de recevoir ses visiteurs sous le pavillon des audiences publiques à l'entrée du palais. Il traverse la cour sur des tapis moelleux, s'arrête un instant au Jai Mandir, son palais des audiences privées aux milliers de miroirs importés d'Italie, composant des centaines de fleurs éblouissantes. Il se dirige vers ses appartements à l'étage en coupant par un jardin aux plantes multicolores, traverse un pavillon climatisé par une cascade d'eau sur laquelle souffle un air distribué depuis d'ingénieux conduits. Peut-être demain ira-t-il dans son jardin au milieu du lac? Ou se rendra-t-il dans son nouveau palais, le Jal Mahal, qui semble flotter sur les eaux du lac Man Sagar dans la vallée voisine?
 Après son repas, il sort sur un balcon qui domine la cour du Harem. Quelle Maharani aura l'honneur de ses faveurs ce soir? Lakashmi peut-être? Il emprunte le discret escalier privé qui descend vers cet unique appartement... au dessus de la cour, depuis les tours, des eunuques veillent sur le Harem endormi.
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vendredi - Après cette évocation d'un passé révolu,
retour au car en Jeep, passage par la coopérative de tapis (à croire qu'on fabrique des tapis dans tous les pays du monde), repas dans une ancienne demeure d'un radjah (magnifique) puis boutique de taille des pierres précieuses et enfin arrêt au Jantar Mantar, l'observatoire de la ville de Jaïpur, fondée par Jai Singh ll. Il permettait à ses astrologues d'établir les calendriers, les dates possibles de mariage, de définir l'avenir d'un enfant selon son signe et son ascendant, et de calculer l'heure avec une précision exceptionnelle.
On termine la journée par une ballade sur l'artère principale de la ville, qui longe les remparts de la cité jusqu'au fameux Hawa Mahal, véritable "palais des Vents", qui n'est en fait qu'une façade permettant aux femmes de la famille royale d'assister aux processions, bien cachées derrière les moucharabieh des balcons superposés sur 5 étages!
 La ville au coeur des remparts est splendide: toutes les façades sont rouges-rosées, de la teinte du grès local, ou parce que peintes (depuis la visite du prince de Galles en 1876). Des balcons couverts de moucharabieh forment une crête de mosaïque rouge qui se détache du bleu du ciel. Comme dans toutes les villes indiennes, l'animation est débordante et trépidante.
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samedi - 17 Mars - Nous quittons Jaïpur par une voie spectaculaire mais malheureusement fort délabrée.
Sur 500 m, de chaque côté de la route, serpente un chemin de ronde couvert de dizaines de kiosques élancées. Ils étaient utilisés pour acclamer le Maharadjah lorsqu'il descendait la voie rendre visite à l'une des ses épouses, princesse d'Udaïpur, pour laquelle il avait bâti un palais dans les montagnes environnantes.
 Je crois qu'on détient le record là: 200 km en 5h, je n'ai jamais vu une route en aussi mauvais état. Je vais en profiter pour aborder ce point sensible de la vie des indiens et qui a valu ce charmant surnom de "tape-cul" à notre car. Comme souvent, les artères économiques d'un pays sont les routes, autour desquelles se développent des commerces et une vie particulière.
Dès la construction on enchaîne les incohérences: pour faire les 200 km de route que nous avons emprunté, des chantiers étaient ouverts tous les 5 km et chaque section vivait sa vie de manière autonome. Au final, cette route ne devrait pas être exploitable, sur le moindre de ses tronçons avant la fin définitive des travaux.
Ensuite, la notion d'autoroute y est très subjective puisque toutes les routes de campagne y accèdent sans péage ni accès sécurisé: un simple croisement suffit. Une autoroute tient plus d'une route à deux voies en fait!
Enfin, toute la vie converge et déborde sur les routes. Les animaux (sacrés ou non) traversent la chaussée, y mangent ou y dorment. Les voitures roulent en klaxonnant, doublent à gauche ou à droite, font demi-tour en coupant les voies et n'hésitent pas à rouler en contre-sens parce que c'est plus facile. On y croise camions décorés et bariolés, tracteurs et autres véhicules à moteur ou à pattes comme ces charrettes débordant de tous côtés et tirées par des chameaux.
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samedi - Après cette digression,
retour sur cette fameuse route qui nous a conduit à Fatehpur Sikri, la ville fantôme. Elle fut construite au 16ème siècle par l'empereur Akbar. D'origine mongole, il a conquis toute l'Inde et régné sur ses Maharadjahs (il est, de plus, le grand-père de celui qui bâtit le Taj Mahal, mais c'est une autre histoire). Il en fait sa capitale. Malheureusement, le manque d'eau dû à l'installation de la cour suivie de quelques 30 000 habitants le forcera à l'abandonner 16 ans plus tard au profit d'Agrâ. Les vestiges de cette ville (restaurée par un officier anglais au début du siècle) sont désormais protégés par l'UNESCO.
Son palais ne ressemble pas aux traditionnelles forteresses des Maharadjahs, perchées sur des éperons rocheux mais s'étale lascivement sur un large plateau peu élevé. Au Harem, de vastes cours lumineuses s'ouvrent notamment sur les 3 pavillons dédiées à ses 3 épouses, de 3 religions différentes (musulmane, chrétienne et hindouiste), preuve de sa grande tolérance. Le plus imposant était réservé à son épouse principale, musulmane, qui lui donna son seul fils. Dominant le Harem, un "palais des vents" permettait à ses épouses d'assister aux cérémonies et réceptions données dans la plus grande des cours qui renferme, là un pavillon pour les audiences privées, ici un pavillon protégeant les richesses et autres trésors de l'empereur... Non loin du palais, la mosquée Jama Masjid renferme la dépouille d'un saint homme musulman, Salim Chisti. Le mausolée entièrement en marbre, jusqu'à ses portes, fut élevé par Akbar pour honorer sa mémoire. Ses moucharabieh sont d'une finesse incroyable et couvrent les 4 côtés du tombeau. Un travail impressionnant!
On récupère nos chaussures et après un cross entre les vendeurs ambulants, on file en "tape-cul" vers Agrâ pour notre rendez-vous avec le Taj Mahal.
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dimanche - 18 Mars - Encore une victime de la Tourista
Problème: il a 70 ans, la traîne depuis plusieurs jours sans avoir arrêter la bière et le whisky. Total: syncope au pied du Taj Mahal, ahh ces vieux! (fin du bulletin médical)
Je sais que vous n'attendez qu'une chose, que je vous décrive mes impressions sur ce monument mythique. 2 secondes! Un peu de culture avant:
Nous sommes à Agrâ, capitale fondée par Akbar près du fleuve Yamouna. Pas question de recommencer l'erreur commise dans sa capitale précédente, Fatehpur Sikri. Ici, l'eau ne manquera pas.
Cet empereur mongol très puissant eut notamment un petit-fils, Shah Jahan, qui régna sur l'Inde et ses 500 Maharadjahs. Il était très amoureux de sa femme Mumtaz Mahal, qui l'accompagnait dans tous ses déplacements, même sur les champs de bataille. Elle mourut malheureusement en donnant naissance à son 14ème enfant. Inconsolable, il décida de faire bâtir le plus bel écrin possible pour recueillir sa dépouille: Le Taj Mahal. Il fut achevé en 22 ans et mobilisa 20 000 artistes. En même temps, il déplace sa capitale à Delhi, "les premières marches".
 Mais il ne s'arrête pas là. Il entame la construction d'un second tombeau, de marbre noir, face au premier, sur la rive opposée de la Yamouna. Son fils, voyant les caisses du royaume se vider, marche sur Delhi et emprisonne Shah Jahan dans son ancien palais d'Agrâ depuis lequel il put contempler jusqu'à son dernier souffle le tombeau de sa défunte épouse. A sa mort, il fut transporté à ses côtés. Jolie histoire, non?
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dimanche - Dans une vie, il est des lieux que l'on rêve de visiter depuis l'enfance
ou parce qu'ils représentent la mémoire de l'humanité, une part de son ingéniosité voire de sa folie. Pour ma part, le Taj Mahal en fait partie aux côtés de Pétra, Delphes, Palenque ou les grandes pyramides. Sur cette liste, il me reste désormais la grande muraille de chine, Venise ou Machu Pichu. Certains m'ont déçu comme les pyramides, d'autres se sont rajoutés comme la Mosquée Bleue.
 J'avoue que contempler ce mausolée aux proportions parfaites, qui se détache dans la brume du matin sous les premiers rayons du soleil m'a procuré un bonheur d'enfant comme le fait de pouvoir enfin manger une pâtisserie tant convoitée après qu'elle ait refroidi au bord d'une fenêtre.
Outre le défi architectural et artistique (tout en marbre blanc le plus pur, incrusté de fleurs multicolores en pierres semis-précieuses, moucharabieh d' une finesse inégalée, inclinaison des minarets pour prévenir les tremblements de terre), il représente l'amour d'un homme pour sa femme. Il concentre et catalyse toutes ces émotions pour en faire un moment rare, d'exception, de ceux que je recherche et apprécie en parcourant le monde.
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dimanche - Après une telle visite
le fort rouge semble bien fade malgré quelques très belles salles (dont la fameuse prison dorée de Shah Jahan). Nous assistons également au travail d'incrustation des pierres semis-précieuses par des artisans.
Retour vers Delhi. Nous arrivons dans la cohue d'un dimanche soir, jour de congé des indiens. La pollution est visible sur la ville, elle vous prend à la gorge. Le brouhaha est indescriptible, le chaos bien réel dès les abords de la mégapole. Les policiers se mêlent de la circulation ajoutant à la confusion... nous faisons nos adieux à cette Inde si surprenante.
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Mes impressions au fil des étapes Indiennes au coeur du Rajasthan
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